Le musée des arts et civilisations consacre une belle exposition aux armures des Samouraïs, ces guerriers qui tenaient une grande place dans la société japonaise avant l'ère Meiji.
Okegawado tosei gusoku. Armure datant de la fin de l'époque Mamoyama, fin 16e siècle. Ce type d'ornement était sans doute porté pendant les parades militaires.
C’est comme une révélation, un éblouissement qui saisit le visiteur en découvrant ces fiers guerriers juchés sur leurs chevaux. Est-ce cette toile sombre qui flotte derrière eux, ce halo de lumière qui leur confère cet air hiératique ? Ou peut-être ce rire sardonique gravé sur leurs masques ; ces cornes, ces plumes ou ces bois de cerf plantés dans leurs casques ; ces moustaches broussailleuses qui nous rappellent des hommes sous leurs armures ? Là, dressés sur un piédestal, ils paraissent vouloir sortir du cadre, rejouer leurs batailles d’antan pour foncer droit sur nous.
Aïkuchi (en haut). Poignard datant de l'époque Momoyama (1573-1603). Fer, or, laque, bois corne, bronze. Wakizashi (sabre). Fin de l'époque Muromachi, 16 e siècle. Acier, laque, shakudo, bois.
La galerie est du musée du quai Branly accueille jusqu’au 29 janvier 2012 les Samouraïs, ces maîtres de guerres japonais autour desquels gravite une mythologie qui semble inépuisable. Pour le plus grand plaisir des amateurs d’art nippon, Ann et Gabriel Barbier-Mueller ont réuni une collection exceptionnelle d’armures, de carapaçons ou encore de casques. Pas moins de 140 pièces sont présentées au public pour reconstituer une part du Japon ancien (avant l’ère Meiji) et montrer la place déterminante qu’y occupa le guerrier samouraï pendant près de neuf siècles.
Menpo (demi-masque) avec estompage en forme de pinces de crabe. Milieu de l'époque Edo, 18e siècle. Fer patiné, fourrure.
Les Samouraïs appartenaient à l’intelligentsia Japonaise, ce que montre relativement peu l’exposition. Car si ces guerriers de renom étaient passés maîtres dans l’art du combat (aussi bien avec des armes qu’à mains nues), ce furent aussi des artistes dans l’acception pleine du terme, s’adonnant à la littérature, à la poésie ou à la calligraphie.
Ce qui frappe au premier coup d’œil, c’est la beauté des accessoires exposés et l’on se demande bien quelle signification donner aux enduits sur les casques, aux différents cimiers inspirés de la mer ou de la nature. Plusieurs explications à cela. Au-delà de l’aspect purement esthétique, ces ornements signalaient le statut du guerrier et son degré d’implication au combat. Ces artifices permettaient aussi d’obtenir l’ascendant psychologique pour effrayer l’adversaire.
Kabuto (casque) et menpo (demi-masque). Première moitié de l'époque Edo. 17e-18e s. Fer patiné, or, laque, cuir, bois, fourrure.
Le musée du quai Branly a choisi de décomposer l’exposition en six parties. Mais l’on saute de l’une à l’autre avec un plaisir certain.
D’emblée, le début de l’exposition nous présente 18 pièces ayant appartenu aux Mori, une puissante famille de Daimyos (gouverneurs fédéraux) dont la lignée remonte au 12e siècle. On décèle à travers ces quelques reliques la diversité des tenues et accessoires qui faisaient le quotidien du Samouraï. Du fameux hakama (pantalon d’armure) au jinbaori (manteau d’armure). On y trouve aussi le Bushido, le fameux code d’honneur des Samouraïs qui perdure encore aujourd’hui dans la société japonaise et qui comportait sept vertus fondamentales : gi (l’honnêteté), yu (le courage), jin (la bienveillance), rei (la droiture), makoto (la sincérité), meiyo (l’honneur), chugai (la loyauté).
Le visiteur peut ensuite voir les armures les plus anciennes (1185-1603) qui appartiennent à des périodes lointaines de l’histoire nippone : Kamakura (1185-1333), Nambokuchô (1333-1392), Muromachi (1392-1573) et Momoyama (1573-1603). On peut y constater la naissance et le développement qui amenèrent à la sophistication progressive des armures sous la période Edo (1603-1868). La guerre étant en net recul alors, cette période fut propice à l’éclosion de formes d’art plus diversifiées comme la peinture ou la calligraphie.
En fin d’exposition, on est intrigué par la qualité et l’efficacité remarquables des armes (tanto, katana) créées par ces maîtres de guerre. Et si les armes étaient des éléments indispensables à leur accoutrement, le cheval l’était tout autant, ce dont rend bien compte cette exposition. Les selles ou les masques sont de véritables joyaux que ne négligeaient pas ces redoutables cavaliers.
Florent Bouteiller
« Samouraï. Armure du guerrier. » Au musée du quai Branly. Jusqu’au 29 janvier 2012.
Tel : 01 56 61 70 00. 37, qui Branly. 75007 Paris. Tarif plein : 7 euros. Tarif Réduit : 5 euros.
Fermeture hebdomadaire le lundi.












